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vendredi
déc.292006

Rotterdam s'offre Tariq Ramadan comme médiateur (28.12.06) [FR]

Pendant quatre ans, la Ville de Rotterdam a été le terrain d'essai d'une approche "dure" et sécuritaire à l'égard les immigrés, notamment ceux de confession musulmane. En février 2002, aux élections communales, le parti populiste de droite créé par Pim Fortuyn gagna une majorité relative. Avec l'appui des partis du gouvernement de centre-droit (les Chrétiens-Démocrates du CDA et les libéraux conservateurs du VVD) une autorité communale a été créée sans le parti social-démocrate PvdA qui avait gouverné la ville depuis des dizaines d'années. Aux Pays-Bas, les maires (bourgmestres) sont nommés par le gouvernement (comme les Préfets en France). Le maire de Rotterdam (M. Opstelten, VVD) s'identifiait davantage que ce n'est l'habitude aux Pays-Bas à la nouvelle ligne politique de son collège d'échevins.

J'y suis revenu plusieurs fois dans mes blogs. Dans l'e-urban Journal notamment dans: Rotterdam closes its social housing to poor immigrant families [EN] (4/2/06) en: Rotterdam mag tijdelijk discrimineren in 4 wijken [NL] (15.6.06) .

Van-nelle foto gem Rotterdam Cultuur.gif

Les élections communales du printemps 2006 ont vu un retour en force du PvdA. Les restants du parti populiste LPF, (toujours quelques 15 élus sur 45), ont refusé de participer au nouveau collège des échevins. Aux élections parlementaires de novembre 2006, ils ont été décimés.

Pendant leur mise au ban de 2002 à 2006, la plupart des cadres du PvdA avait dans une grande mesure suivi le durcissement de la politique communale qui s'est d'ailleurs réflêtée dans une attitude gouvernementale durcie. La "Rotterdam-Wet ('Loi-Rotterdam'), adoptée par les deux chambres du parlement fin 2005, permet aux villes de prendre des mesures discriminatoires, non pas sur la base de race ou de religion, mais en fonction du statut économique des familles et de leur 'culture'. Ce qui, appliqué avec ruse, revient au même. Beaucoup d'éléments de discrimination voilée se retrouvaient dans la "Rotterdam-Code" de janvier 2006. Intégration y est carrément conçue comme assimilation. Par exemple, il y est déclaré 'incivique' de parler une autre langue que le néerlandais en public. Le public est encouragé à signaler de tels faits à la police. On peut compter sur les autochtones angoissés, à ne pas dénoncer (dans cette ville portuaire internationale) des Américains ou des Japonais qui s'expriment dans leur propre idiome, mais seulement des gens qui parlent arabe ou turc. L'hypocrisie officielle veut que tous les citoyens soient traités sur pied d'égalité. Ce qui est formellement maintenu dans le "Code". Mais l'application discriminatoire est transmise dans les mains de la population.

La ministre (récemment déchue) de l'intégration, Mme Verdonk, championne de la xénophobie hollandaise, se réjouissait notamment de cet article-ci du "Code". Probablement encouragée par cette réception favorable gouvernementale de sa politique, l'échevine LPF de la Sécurité, proposa à stériliser les jeunes femmes d'origine antillaise, pour qu'elles soient plus en mesure de peser sur la sécurité sociale hollandaise en tombant enceintes et en devenant mères sans conjoint. Stérilisation de femmes en fonction de leur origine - c'était pour des raisons religieuses un pont rrop loin pour le plus grand parti gouvernemental, le CDA du premier ministre Balkenende. Mais, hormis de la part de quelques intellectuels de gauche, les protestations d'indignation furent malheureusement rares.

La nouvelle autorité communale, issue des élections de mars 2006, n'a pas marqué une rupture radicale avec la politique discriminatoire de leurs prédécesseurs. Le 9 octobre encore, en assistant à une conférence européenne de la ville de Rotterdam dans les bâtiments classés pour leur architecture moderne (années '30) de l'ancienne usine Van Nelle (tabac, café) à Rotterdam (photo), la configuration "2002" était encore complètement inchangée: Au premier rang le bourgmestre Opstelten, à sa gauche la ministre Verdonk et à sa droite le Commissaire européen Franco Frattini. Les échevins PvdA et Verts pratiquement absents.

Frattini a essayé à engager la ville de Rotterdam et ses villes-partenaires dans un réseau "Intégration" européen à l'appui de ses projets antidiscriminatoires louables, supposant que les villes soient plus prenantes que les gouvernements d'une intervention européenne à ce sujet. Mais je n'ai pas entendu de réponse officielle positive, ni de la part d'Opstelten, ni de celle de Mme Verdonk. Les maires de Dunkerke et de (Grand) Lyon, également présents dans leurs fonctions européennes, étaient nettement plus réceptifs aux encouragements de Frattini.

Une approche radicalement différente est venue du dernier intervenant, Tariq Ramadan, qui a développé un plaidoyer pour une intégration des musulmans en Europe de caractère "sui generis", i.e.: acceptation d'une nouvelle présence par les autochtones européens, ainsi qu'une attitude plus ouverte, plus confidente des immigrés musulmans. L'intervention avait, dans mes yeux, dans cette ambiance, plus ou moins l'effet que l'intervention de Jésus doit avoir eu en pénétrant dans le Temple de Jérusalem, peuplé de Farizéeens et de changeurs usuriers. Mais c'est une comparaison mal plaçée, en parlant de ce théoréticien de l'Islam...

Mais, juste avant cette année horrible pour les relations intercommunales dans la ville de Rotterdam, il y a une chose nouvelle, porteuse d'espoir, à relever. Nous ne devons pas aborder la nouvelle année en étant désemparés par la politique urbaine de Rotterdam! Ce même Tariq Ramadan, selon la NRC (journal) du 16 décembre 2006, a été nommé médiateur officiel de la Ville pour l'intégration entre autochtones et immigrés musulmans. Il va combiner ces fonctions avec une chaire de professeur à l'Université Érasme de Rotterdam. Il a les mêmes fonctions à Londres.

Voici quelques citations de l'article de presse du 16/12/06: 


Migration: L'autorité doit avoir confiance.

L'intellectuel controversable Tariq Ramadan présidera aux débats d'intégration à Rotterdam. 
[...]
Vous êtes en position de pouvoir comparer les débats sur l'intégration des différents pays de l'Europe. Où placez-vous le débat néerlandais?

Les débats se sont déclechés ici dans une situation pleine de tensions, après l'assassinat de Théo Van Gogh. Une crise d'identité [nationale] s'est déclarée. La politique tolérante d'intégration s'est trouvée attaquée. Je pense que dans ce nouveau débat on s'occupe trop des facteurs religieux et culturels et trop peu des facteurs socio-économiques, l'emploi et le logement. Il y a trop d'amalgames. J'espère combattre cette confusion-là par une distinction plus nette entre ces domaines  de la vie. Une vraie déconstruction, pour ainsi parler.

Vous connaissez la situation à Rotterdam, en ayant participé, l'année passée, au soi-disant "débat sur l'Islam". À votre avis, qu'est ce que la période du Collège des Echevins sous la domination de la LPF, a-t-elle valu, avec sa politique sévère à l'égard des immigrés?
Elle a produit une manque de confiance mutuelle entre citoyens et autorités. Les autorités locales ont voulu des changements, mais les immigrés n'ont vu qu'une politique dirigée contre eux. L'interprétation donnée par les citoyens aux actes des autorités est d'une importance cruciale: Comment vivent-ils ce qui se passe dans leur ville? Les jeunes Français ont eu la même expérience: Ils ont l'idée qu'on ne les prenne pas au sérieux en tant que citoyens.

Beaucoup d'allochtones rotterdamois montrent d'une manque de participation qui pourrait expliquer, à son tour cette manque-là de confiance. Ils ne participent pas à la société civique néerlandaise.
C'est un cercle vicieux. Comme ils ne participent pas, il n'ya pas de confiance et comme il n'y a pas de confiance, ils ne participent pas. C'est une question d'auto-ségrégation qui doit être résolue.

L'échevin Orhan Kaya [d'origine turque, membre de la "Gauche verte", HR] qui vous a nommé, est critiqué parce qu'il ne remplit pas encore les attentes qu'on avait de lui dans ses fonctions par rapport à l'intégration. Vous sentez-vous suffisamment soutenu par la Ville?
Le Collège actuel est marqué par sa volonté politique à changer les choses, sinon, je n'aurais pas accepté cette nomination. Rotterdam n'attend pas de solutions de moi, mais bien sûr que je lance des défis aux gens à réfléchir davantage sur des choses d'importance.

L'exacerbation des relations interethniques et interreligieuses à Rotterdam a effectivement des causes économiques et sociales qui sont particulières à cette ville industrielle et portuaire. L'emploi traditionnel (des masses de travailleurs dans les usines et dans le port, demandant des personnes peu formées) y est en voie rapide d'extinction. Pour les chômeurs (et leurs familles) de souche néerlandaise, la présence, toujours plus accentuée, des immigrés non-européens, est le phénomène le plus visible qui accompagne leur mise au ban de la société. Mais c'est un phénomène accompagnant, ce n'est pas la cause de leur détresse.

Les intellectuels populistes qui imitent feu Pim Fortuyn et les autorités hypocrites ont agi beaucoup dans le sens du renforcement de ces préjugés-là. Remettre une pensée saine et réaliste sur les rails - cela va demander beaucoup de patience, mais, surtout, la création, non pas dans des débats théoriques sur l'Islam, mais dans la vie quotidienne des quartiers populaires, d'une coopération de développement qui engage tous les composants de la population présente.

Les seuls acteurs qui pourraient entamer avec succès une telle opération, ce sont les développeurs de quartier, dont j'en ai rencontré aussi quelques-un(e)s à la conférence du 9 octobre. À ce moment-là, ils étaient encore relegués aux groupes de discussion de l'après-midi, où ils se sont plants, sans effet, de la politique urbaine qui décourage tellement la participation aux immigrés.

J'ai un peu plus d'espoir, maintenant, que cela changera en 2007. 

Tot begrip van de Rotterdamse lijn moet dan ook dienen, dat de stad een economisch rampgebied is (in vele sectoren, met name die waar oude werkgelegenheid in industrie en haven verloren gaat). De ruimte, om tot minder gespannen verhoudingen te komen, is er dan ook klien, kleiner dan in Amsterdam of in Den Haag.

Betere voorlichting aan het Rotterdamse autochtone publiek en het opzetten van gezamenlijke (buurt-) verbeteringsactiviteiten moeten dan ook vooropstaan. Eén en ander kan alleen maar slagen, als ook economisch en sociaal meer ademruimte wordt gemaakt.

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